B comme Bobino ! (1e partie : 1812-1958)

Revenons sur l’histoire mouvementée d’un haut lieu de la chanson française qui a vu chanter les plus grands : Bobino, salle mythique du quartier Montparnasse située depuis 1873 au 20, rue de la Gaîté, dans le 14e arrondissement de Paris.

Tout commence en 1812. Bobino, un clown-prestidigitateur italien, exerce alors son art rue du Maine (14e) dans La Baraque à Bobino.

En 1816, changement de quartier. Bobino intègre le spectacle forain de la troupe de Carris et sa nouvelle salle : une simple baraque de bois située rue Madame près du jardin du Luxembourg (6e), le Théâtre du Luxembourg dit de Bobino.Theâtre Bobino

Détruite en 1868, la salle est reconstruite au numéro 20 de la rue de la Gaîté dans le 14e arrondissement, qui abrite alors de nombreux cabarets. Cet emplacement, après avoir hébergé le Bal des Gigolettes puis le Bal des Escargots, abrite alors, depuis 1850, le bal-restaurant des Mille Colonnes.

Folies BobinoInaugurée sous le nom Les Folies Bobino le 24 novembre 1873, la salle comprend alors 600 places (un parterre et gradins), un restaurant et un jardin. Quelques chansonniers s’y produisent mais le lieu reste avant tout une guinguette consacrée aux attractions foraines de l’époque (magiciens, contorsionnistes, numéros visuels…), à la réputation douteuse. Les directeurs se succèdent et la programmation, trop diversifiée, ne permet pas de fidéliser le public.

Ce n’est qu’au lendemain de la première guerre mondiale que Les Folies Bobino deviennent peu à peu un music-hall dédié à la chanson, accueillant alors les grandes stars de l’époque : Damia, Fernandel, Lucienne Boyer, Georgius, Mayol, Yvette Guilbert, Alibert, Gaston Ouvrard…

Contraint à la fermeture en 1926 (la concurrence du cinéma devenant rude), Bobino rouvre en 1927 après huit mois de gros travaux, proposant une salle luxueuse de 1100 places, ornée de tentures rouges et de miroirs dorés.

Racheté par Pathé en 1929, Bobino échappe à un destin de salle de cinéma grâce aux protestations et reste un music-hall. L’arrivée à la direction artistique en 1934 de Mitty Goldin, qui vient d’ouvrir l’ABC, redonne du prestige à la salle. Il y fait se produire Réda Caire, Charles et Johnny, Mireille et Tino Rossi.

Dès les années trente Bobino devient la principale salle vouée à la chanson de la rive gauche.

En 1936, Mitty Goldin abandonne son poste pour se consacrer à l’ABC. Alcide Castille, directeur de l’Européen, puis son fils Teddy, prennent la relève.

Après la seconde guerre mondiale, la salle, qui compte alors près de 1100 places, devient un tremplin de la chanson. Sa scène accueille les plus grands artistes de l’après guerre comme en témoigne sa programmation : Yves Montand (1944), Line Renaud, Henri Salvador, Pierre Dudan (1947), Les Frères Jacques (1949), Juliette Gréco (1951), Georges Brassens, Gilbert Bécaud (1953), Jacques Brel, Fernand Raynaud (1955), Marcel Amont (1956), et Léo Ferré (1958).

En 1958, Félix Vitry et Bruno Coquatrix s’associent pour racheter Bobino, le second voyant là le moyen de lancer de nouveaux artistes avant de les installer sur la scène de l’Olympia. Mais ne pouvant diriger de front deux salles, Coquatrix se retire en 1960.

En 1960, après 85 ans d’existence, Bobino est enfin devenue une salle de référence pour les auteurs interprètes issus des cabarets Rive-Gauche : Ricet-Barrier, Barbara, Anne Sylvestre, Colette Renard, Mouloudji, Marcel Amont, Les Compagnons de la Chanson, Claude Nougaro, Henri Tachan, Georges Moustaki, Serge Reggiani…

A suivre… Retrouvez la deuxième partie très prochainement ! 

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