Du roman à la chanson : ces écrivains devenus paroliers

Vous les savez romanciers mais les connaissez-vous paroliers ? Patrick Modiano, Philippe Labro, Amélie Nothomb, Philippe Djian, Marie Nimier, Vincent Ravalec et Marc Levy, pour ne citer qu’eux, n’écrivent pas seulement des romans ! Et bien avant eux, Colette, Jean Cocteau, Max Jacob, Jean-Paul Sartre, Raymond Queneau, Jacques Prévert, Sacha Guitry, Pierre Mac Orlan ou encore Marguerite Duras s’illustrèrent également dans l’art mineur !

Le duo entre l’écrivain-parolier et son interprète relève d’une relation particulière. Philippe Labro et Johnny Hallyday, Françoise Mallet-Joris et Marie-Paule Belle, Philippe Djian et Stephan Eicher, Jacques Lanzmann et Jacques Dutronc : autant de rencontres insolites, souvent transformées en une profonde amitié.

Johnny rencontre le journaliste et romancier Philippe Labro dans les années 1960. « La première fois, on s’est croisé dans une boîte de nuit – le Bilboquet dans le quartier Saint-Germain-des-Prés. On s’est regardé car on s’est rendu compte qu’on portait tous les deux des bottes à talons et le bout biseauté, des Santiags, et à l’époque, très peu de gens en portaient à Paris. On s’est mis à rire. (…) Plus tard encore, en revenant des États-Unis, j’ai écrit un texte dans l’avion » (LaDepeche.fr, 15.06.2013). Notons d’ailleurs que d’autres écrivains prêteront leurs plumes à Johnny Hallyday : Françoise Sagan (Quelques cris, 2000) et Vincent Ravalec (Les larmes de gloire et Partie de Cartes, 1999), qui avait déjà signé quelques titres pour Marc Lavoine et Nana Mouskouri.

En 1965, l’écrivain Jacques Lanzmann rencontre Jacques Dutronc. De leur amitié va naître une fructueuse collaboration jusqu’en 2003, Jacques Dutronc adaptant ses musiques aux textes de l’écrivain. Ensemble, ils créeront les plus grands succès du chanteur, notamment Il est cinq heures Paris s’éveille en 1968 (cosigné par l’épouse de Jacques Lanzmann, Anne Segalen). Lanzmann signera également quelques chansons pour Johnny Hallyday, France Gall, Régine, Jean Guidoni, Zizi Jeanmaire, Enrico Macias, Mireille Darc, Dani, Sacha Distel, Pascal Danel, Pascal Obispo, Bernard Menez et Elodie Frégé.

Stephan Eicher & Philippe DjianAuteur de Bleu comme l’enfer et de 37,2° le matin, Philippe Djian rencontre Stephan Eicher en 1987, dans l’émission Rapido animée par Antoine de Caunes. Devenu ami du chanteur, le romancier écrira les textes de toutes ses chansons françaises dès l’album My place en 1989 dont entre autres : Déjeuner en paix, Pas d’ami comme toi, Des hauts des bas.

b7b2bb1a-3df4-11e1-b51b-719723ea87f5Il arrive aussi parfois que les producteurs jouent les entremetteurs… Ce fut le cas pour Françoise Hardy et Patrick Modiano. A propos de sa rencontre avec l’écrivain, Françoise Hardy avoue : « Un jeune homme, Hugues de Courson, qui cherchait à placer ses chansons m’avait demandé un rendez-vous dans ce but. Aucune ne me plaisait. En désespoir de cause, il m’en a fait entendre une dernière, qui, selon lui, n’était pas du tout pour moi. C’était Étonnez-moi Benoît. J’ai trouvé ça si original, si saugrenu, que je l’ai aussitôt retenue. Le texte était de Patrick. » (Le Figaro, 17.01.2012). Françoise Hardy enregistrera en 1968 et 1970 quatre chansons de Patrick Modiano, devenu ensuite un ami proche : Je fais des puzzles, San Salvador, Étonnez-moi Benoît, A cloche-pied sur la grande muraille de Chine.

Autre exemple, la collaboration entre Yann Queffelec et Pierre Bachelet, en 1995. Le producteur du chanteur, Bernard de Saint-Paul, contacta l’écrivain : « Il avait lu mon roman Disparu dans la nuit et voulait me rencontrer. ll m’a proposé tout à trac d’écrire des chansons pour Vanessa Paradis, Patricia Kaas, Michel Sardou, Johnny Hallyday ou Pierre Bachelet ! J’ai choisi Bachelet parce qu’il est un extraordinaire mélodiste. Même si on lui reproche parfois des textes faciles, ce qui n’est pas totalement faux. Nous avons fait un album ensemble sur le thème de la ville. Cela m’a occupé le cerveau pendant six mois ! Rude expérience… » (L’Express.fr, 01.09.1997).

Délaissés durant les années 1980-1990, au profit de nouveaux profils auteurs-compositeurs-interprètes, les romanciers semblent de nouveau courtisés par les producteurs et les chanteurs. 

Parmi eux, Jean Rouaud (prix Goncourt 1990 et auteur entre autres de Juliette Gréco, Régine, Jean Guidoni, Daniel Lavoie, Johnny Hallyday), Amélie Nothomb (qui signa six chansons pour la chanteuse Robert en 2002), Camille Laurens (associée à l’album Paradize de Nicola Sirkis, chanteur d’Indochine), Marie Nimier (auteure pour Jean Guidoni, Juliette Gréco, Art Mengo, Eddy Mitchell, Maurane…), Marc Levy (à qui l’on doit quelques chansons de Johnny Hallyday, Jenifer et Gregory Lemarchal) ou encore Linda Lê (qui signa trois textes pour Jacques Dutronc en 1995). Plus récemment, Jean-Louis Aubert mettait en musique plusieurs poèmes de l’écrivain Michel Houellebecq pour son dernier album « Les parages du vide ».

Du livre à la chanson, il n’y a donc qu’un pas que de nombreux romanciers, et pas des moindres, n’hésitent plus à franchir. « Le parolier est un écrivain qui chante » affirmait d’ailleurs à juste titre Pierre Delanoë, l’homme aux 4000 chansons, lui-même auteur de plusieurs romans et récits.

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